« Fort comme un hypersensible » de Maurice Barthélemy et Charlotte Wils

12) Témoignage (272 pg) lu sur 10 jours

Sur le plateau de « Grand bien vous fasse » du 25 janvier 2021 de France Inter étaient invités Charlotte Wils, Maurice Barthélemy et Frederic Midal, à l’occasion de la sortie de leur livre respectif et pour illustrer la thématique de l’hypersensibilité. Interrogés au micro d’ Ali Rebeihi, ils présentaient aux auditeurs quelques clefs pour aider les hypersensibles à gérer leur état et à leurs proches de mieux les appréhender. Une émission riche et qui m’a poussé à acquérir en librairie l’ouvrage écrit par Maurice Barthélémy et complété pour la partie analytique par Charlotte Wils, celle qui l’a accompagné en coaching dans sa vie personnelle, psychopracticienne, conférencière, spécialisée dans l’accompagnement des personnes hypersensibles.

Maurice Barthélemy

D’abord pour ceux qui ne connaissent pas encore Maurice-Domingue Barthélemy (si, si c’est son vrai nom!), c’est un comédien-écrivain-scénariste-réalisateur, qui s’est fait connaître dans la troupe des Robin des Bois sur Canal +, formé par Isabelle Nanty dans les cours Florent où il rencontra les autres comédiens de la troupe. Son hypersensibilité, il vivait avec sans savoir. En 2015, il en fait la découverte et ça change tout pour lui. Il nous explique son parcours, sa différence, ses angoisses mais aussi les plus liés à ces sens exacerbés. On vit tout plus intensément.

Les Robins des Bois

Charlotte Wils intervient au fil du récit, des encarts grisés bien identifiables, qui apportent un point de vue plus analytique, plus généraliste sur l’hypersensibilité et sur l’expérience de Maurice Barthélemy.

« L’hypersensible ne se reconnaît pas à l’œil nu, mais rassemble un ensemble de caractéristiques. Aucun ne ressemble à un autre, mais tous partagent des singularités communes »

P.15, Introduction de Charlotte Wils

Au début du roman, Maurice Barthélémy explique aussi que « ce livre a été écrit à quatre mains et à trois cerveaux« (p.9) Bessora étant le 3ème cerveau. Une auteure. Ils auraient procédé sous forme d’entretiens. Il disait aussi qu’il n’avait pas l’intention de signer le livre comme s’il l’avait écrit mais apparemment les éditeurs ont jugé plus vendeur d’y mettre son nom plutôt que celui de l’auteur. Au moins ils n’ont pas coupé ce passage.

Bessora nous offre donc son témoignage (celui de Barthélémy) en retraçant tout son parcours, de sa naissance à aujourd’hui. Maurice nous parle aussi de l’histoire de sa famille, de ce sentiment de non légitimité inscrit dans leur histoire.

« Le manque de confiance en soi est une caractéristique fréquente des personnes hypersensibles. Il peut parfois être étroitement lié à la notion de légitimité […] la confiance en soi est la croyance en sa capacité à accomplir ce que l’on désire, mais aussi la croyance en sa capacité à faire des choix, prendre des décisions, agir ou réagir dans des situations d’urgence et à s’adapter aux changements. »

p.57, Analyse de Charlotte Wils

Il nous décrit en détail tout ce qui lui était insupportable, qu’il rapporte à l’hypersensibilité comme la misophonie (trouble psychique caractérisé par une aversion à certains sons faits par une autre personne que soi au point de se mettre en colère ou de devoir quitter la pièce. Exemples: Ne pas supporter les bruits de bouche, la personne qui triture son stylo pendant une réunion…) et aussi les stratégies mises en place pour contrer ses angoisses (les TOC) et surmonter ses traumatismes.

« Ah! je ne suis pas seul à ne pas supporter les gens qui mâchent du chewing-gum! Impossible à dominer. Ça me fait le même effet que les bruits de craie ou de tronçonneuse sur un tableau noir. Je suis contre la peine de mort depuis toujours, sauf pour les gens qui mangent du pop-corn au cinéma. Des fois, je suis à deux doigts d’attenter à leur vie. « 

p.66

« Avec l’hypnothérapie, le travail de nettoyage initié par la psychanalyse s’approfondit. L’état parallèle me permet de me réconcilier avec moi-même […] Je mène cette hypnothérapie avec des séances d’EFT. Les Emotional Freedom Techniques sont des pratiques psychocorporelles. [qui]viennent des Etats-Unis[…] datant des années 1990. […] travail de déprogrammation […] une batterie de mouvements et de stimulations corporelles.[…] des exercices, mouvement des yeux, répétitions de phrases… J’ai suivi également des séances d’EMDR […]

Mais tout sceptique que j’étais, ça marchait! Sache-le, ami lecteur, pour te débarrasser de l’influence de Babar ou de ton pire ennemi, parle à ta tête et ouvre tes chakras. En trois mois, j’ai reconditionné mon cerveau. Traumatismes effacés.«  »

P.145-147

Beaucoup de traits liés à l’hypersensibilité vont être vrais pour certains hypersensibles mais comme c’est évoqué à un moment du livre, on est tous différents et donc, chez les hypersensibles, ces traits peuvent aussi différer. Et évoluer. Certains arriveront à surmonter mieux que d’autres certaines difficultés qui étaient invivables dans leur jeunesse (misophonie,etc.), d’autres jamais.

« Le problème des gens qui arrivent à l’heure, c’est qu’ils passent beaucoup de temps à attendre ceux qui ne le sont pas. Moi on ne m’a jamais attendu. « 

P.40

« […] ma mémoire sélective a tendance à enterrer les souvenirs douloureux. […] je vis l’expérience, je la digère, je l’oublie. Et je recommence un cycle.« 

P.93

Je me reconnais dans certains traits. La ponctualité, la capacité à oublier pour passer à autre chose. On appelle aussi cela « résilience ». Une capacité étonnante quand on sait qu’on peut avoir une mémoire étonnante pour des choses sans importance ou pour des choses qui ne nous touchent pas profondément. Professionnellement, j’ai toujours été capable d’assimiler beaucoup de données (la classification décimale de DEWEY). Autrefois, animatrice en colonie, j’enregistrais mentalement le prénom de près de 150 enfants en à peine 2 jours. D’autres se retrouveront aussi dans ce trait, qui est propre aux résilients (cf. les ouvrages de Cyrulnik).

« Mais je ne savais pas m’inscrire dans le présent. J’étais dans l’avant, ou dans l’après. Dans le regret ou dans l’anticipation. Je ne savais pas ce que voulait dire maintenant. Impossible de m’ancrer dans l’instant. Et d’en profiter en toute simplicité.  »

p.40

« La cleptomanie n’est pas à proprement parler une caractéristique des personnes hypersensibles. Au contraire, elles sont habituellement des personnes fiables, honnêtes et droites. Elles ne peuvent ordinairement pas s’imaginer voler ou mentir. « 

p.50

« L’anticipation, pour les personnes hypersensibles, est une stratégie très courante. […] élaborer tout un tas d’hypothèses avant de se lancer […] cela résulte surtout de la pensée en arborescence qui foisonne ne permanence et ne peut s’empêcher de cogiter. Seulement, à trop réfléchir et trop anticiper, les événements peuvent devenir anxiogènes. C’est important de prévoir les plans B et C parfois, mais vivre l’instant présent est une garantie de ressentir la paix à l’intérieur de soi. »

P.116, Charlotte Wils

Je viens d’une famille d’hypersensibles et je n’adhère pas à tout ce qui est dit dans ce livre même s’il reste très pertinent. Par exemple, il cite plusieurs fois le livre de Cristel Petitcollin -« Je pense trop » – qui pour moi est une version Bisounours des HP à laquelle, une fois encore je n’adhère pas. Elle flatte l’ego de ceux qui ont une pensée en arborescence. On peut se laisser piéger. Mais je n’ai pas aimé sa vision de pauvres créatures inoffensives éternellement victimes et elle reçoit forcement dans son cabinet des victimes et pas l’inverse. Je lui ai soumis mon point de vue mais elle n’a pas voulu se remettre en question vu son immense succès.

Il existe des personnes très intelligentes, qui sont malveillantes et toutes les personnes hypersensibles et HP ne seront pas victimes de manipulateurs ou de pervers narcissiques. Elles peuvent aussi apprendre de leur mauvaises expériences ou être méfiantes de nature. La résilience existe et heureusement.

Les relations amoureuses sont abordées. Maurice nous retrace toutes les histoires, qui ont compté pour lui et explique pourquoi il ne rompt jamais vraiment, restant toujours en contact avec ses ex.

« L’amour[…] ce qui va contribuer à son bien-être ou générer chez lui de l’anxiété. Nous pourrions dire que chez les personnes hypersensibles, c’est plus le cœur qui dirige que le mental. […] ce n’est pas la quantité des rencontres qui leur importe, mais l’intensité. généralement, un hypersensible tombe amoureux d’une manière très intense. Ils sont fervents et entiers, par conséquent, leurs histoires d’amour sont de véritables passions. Peu importe la durée de la relation, elle déploie une puissante exaltation.

Le propre de la personne hypersensible est de ressentir les choses de manière démultipliée, alors, lorsque l’hypersensible tombe amoureux, c’est l’explosion des sens.« 

« Chaque main qui se touche, chaque regard qui se pose, chaque odeur ou tonalité de voix provoque une effusion des sens. […] Ces premiers moments d’excitation des sens, ces premiers rendez-vous, ces premières rencontres procurent aussi un foisonnement de connexions mentales qui entraînent un nombre incalculable de questions.« 

 » Quoique, parfois, un contact physique moite, une odeur désagréable ou une sonorité de voix stridente puissent très vite stopper l’élan de l’hypersensible… »

P.226-227, Charlotte Wils

Ce livre est intéressant par le parcours de Maurice, par ce qu’il a réussi à mettre en place pour s’accepter et mieux vivre avec cette particularité. Il dit des vérités, qui sont aussi valables pour tout un chacun mais qui restent très pertinentes.

« C’est le travail que j’ai fait par la suite qui m’a permis de me réconcilier avec eux: quand tu saisis que tu as grandi dans un nid d’hypersensibles et que tes parents sont le fruit d’une éducation, tu relativises. « 

p.56

Je suis passée par là, comme lui. Nous sommes tous le fruit d’une éducation comme nos parents avant nous. Elle comporte forcément ses failles et ses richesses. Les manques nous poussent aussi à chercher à les combler , à faire autrement avec nos enfants. Nous ne serions pas nous si nous avions évolué dans un monde idéal, serait-ce préférable? Pour ma part, je suis sensible aux souffrances des autres et aux difficultés que rencontre les enfants en particulier parce que je suis passée par là moi-même. Cela me permet de mieux leur venir en aide, de mieux les percevoir et mieux les comprendre. Je vois ça comme un plus.

Il évoque les mauvais diagnostics chez les personnes hypersensibles, qui peuvent, comme lui, naviguer entre deux états (extra et introverti) et qui vivent tout intensément. Souvent l’amalgame est fait avec la bipolarité avec les conséquences que cela peut entraîner et la médication, que cela peut accompagner dont il ne parle pas…

« […] je suis à la fois introverti et extraverti. D’où la confusion qui peut être faite avec la bipolarité, et les mauvais diagnostics parfois posés par les médecins. En effet, je peux avoir des comportements qui paraissent contradictoires ou paradoxaux […] »

p.61

Il évoque la passerelle entre autisme et hypersensibilité, très juste là encore.

« L’exacerbation des sens, et de la sensibilité, me parait un autre cousinage: les autistes aussi sont agressés par le monde qui les entoure et les informations qu’ils reçoivent, mais sans doute beaucoup plus que les hypersensibles. Le monde de l’imaginaire est aussi plus prégnant chez les autistes qui ont leur monde à eux, comme les hypersensibles. Une forme d’intelligence particulière les caractérise également. Les autistes Asperger ont des capacités de calcul incroyable, ou des facilités pour la musique phénoménales. On retrouve ici quelques traits des « hauts potentiels » d’une catégorie d’hypersensibles, dont découle un très grand niveau d’exigence vis-à-vis d’eux-mêmes. ce foutu perfectionnisme. Il me semble aussi que nombre d’autistes développent des relations très fortes avec les animaux. Nous aussi. […]

Bref, il y a comme des passerelles entre les autistes et les hypersensibles. on pourrait presque tendre la main et se comprendre sans un mot: des cousins éloignés, non? « 

P.238

Son parcours professionnel est aussi évoqué, ses scénarios et les parallèles avec sa vie, qu’il a réalisé après coup (les parallèles, pas le film). Lui qui s’est senti « en décalage pendant toute [son] enfance » (p.239) Comme « Casablanca Driver », un faux doc sur le plus mauvais boxer de tous les temps.

« Le type qui se bat constamment pour ne pas être bouffé par son manque de confiance et d’estime de lui-même, c’est à la fois Casablanca Driver et moi. Lui perd à la fin. « 

P.239

« Le boxeur, comme l’hypersensible, se bat pour gagner ce combat contre lui-même, et lutte pour exister. »

P.240

Si le sujet de l’hypersensibilité vous intéresse ou/et si vous souhaitez en apprendre davantage sur le comédien réalisateur, ce livre vous plaira probablement. Je ne vous ai offert qu’un éventail de ce que présente ce livre. Le comédien se dévoile et permettra peut-être à certains de se reconnaître dans son témoignage et de pouvoir enfin avancer en sachant enfin comment se percevoir.

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